5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 13:28


C'était une affreuse école Jules Ferry en briques rouge sombre et fenêtres grillagées pour que notre âme de petit ange enfermé ne puisse s'évader.


J'avais 5 ans, je n'aimais pas l'école.


Un jour, des millions d'années plus tôt, lorsque sonna la fin du supplice qui m'était infligée, j'avais demandé à mon père "pourquoi tu n'es pas venue me chercher hier ?". Si longues les heures dans cette prison.


Je me souviens surtout de ce soir d'hiver.

 

Un immense préau, des bancs où s'éparpillaient des volées de bambins impatients. Des mamans qui venaient récupérer leur cher trésor.

 

Au fur et à mesure les oubliés, les délaissés avançaient vers le premier rang. J'y fus bientôt.


Mais, j'y fus seule !

 

Les institutrices m'avaient laissée là comme un paquet trop encombrant. L'obscurité progressivement a enveloppé la petite fille seule sur un banc.


OUBLIÉE ! 

 

Peut-être au début, ai-je savouré la beauté du silence, après ces cris assourdissants d'enfants qu'on égorge, mais la réalité brutale comme un cauchemar s'est imposée : j'étais seule au monde, plus personne ne viendrait jamais, angoissante solitude de l'enfant d'homme, qui ne peut survivre seul, panique qui s'ancre, s'incruste, dévaste tout.


Et puis, une petite lumière dans le fond, à droite une porte ouverte, une toux qui racle, la directrice était là.


Ai-je mis du temps à la voir cette lumière ou s'était-elle allumée avec le soir tombant pour éclairer mon angoisse de petite fille de cinq ans, perdue dans une école trop vaste pour elle ?

 

Oser transgresser, me lever aller lui dire : je suis là moi pauvre petite chose oubliée !

 

J'ai compris que cette lumière il fallait qu'elle vienne à moi, que moi sur mes petites jambes je ne pourrais jamais franchir cette immense distance pleine de dangers en puissance, de lacs profonds, de montagnes de glace, de désert brûlants.

 

Redevenir l'enfant, plus petit que petit, le cri du désespoir ultime : pleurer pour dire "il y a sur le banc une petite fille abandonnée qui a peur".


La fée lumière m'a entendue, "mais qu'est-ce-que tu fais là toi ?" J'aurais bien voulu le savoir moi, la laissée pour compte, la moins que rien, l'oubliée, la mal aimée.

 

Elle allait me consoler, j'allais compter pour quelqu'un, et... ma mère est arrivée. Me rabrouant comme si j'étais la coupable de son manquement, de sa honte face à une directrice érigée en juge de sa faute.

 

Je n'ai pas été consolée ni rassurée, elle n'avait pas vu passer l'heure, elle repassait.


Je n'ai jamais pu attendre quelqu'un sans que se profile l'indicible pesante et sombre angoisse : si l'on venait à me manquer.

 

Et puis, je suis toujours émue et mal à l'aise lorsque quelqu'un essaie de me réconforter quand un aléas de la vie passe en raz-de-marée.

 

Je déteste repasser.


Mais, il y a toujours une petite lumière là-bas dans le fond qui clignote et me protège.



 

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Published by LE CHEMIN DU BONHEUR - dans MATIERE A REFLEXION

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