28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 13:36



Un merle chante dans mon jardin, plumes au vent, ébouriffé comme un oisillon nouveau-né, il s'affaire parmi les graines de tournesol et les boules du salon des oiseaux.


Je me souviens de ce poème appris naguère, qui me revient lorsqu'arrivent le vent, le froid et les frimas. 

 

Le Merle


Un oiseau siffle dans les branches
Et sautille gai, plein d'espoir,
Sur les herbes, de givre blanches,
En bottes jaunes, en frac noir.

C'est un merle, chanteur crédule,
Ignorant du calendrier,
Qui rêve soleil, et module
L'hymne d'avril en février.

Pourtant il vente, il pleut à verse ;
L'Arve jaunit le Rhône bleu,
Et le salon, tendu de perse,
Tient tous ses hôtes près du feu.

Les monts sur l'épaule ont l'hermine,
Comme des magistrats siégeant :
Leur blanc tribunal examine
Un cas d'hiver se prolongeant.

Lustrant son aile qu'il essuie,
L'oiseau persiste en sa chanson,
Malgré neige, brouillard et pluie,
Il croit à la jeune saison.

Il gronde l'aube paresseuse
De rester au lit si longtemps
Et, gourmandant la fleur frileuse,
Met en demeure le printemps.

Il voit le jour derrière l'ombre ;
Tel un croyant, dans le saint lieu,
L'autel désert, sous la nef sombre,
Avec sa foi voit toujours Dieu.

A la nature il se confie,
Car son instinct pressent la loi.
Qui rit de ta philosophie,
Beau merle, est moins sage que toi !


Théophile Gautier

1b488mer

 

Partager cet article

Repost 0
Published by LE CHEMIN DU BONHEUR - dans POESIE

Présentation

*

[]

Articles Récents